

On hésite toujours davantage à donner de l’argent à un inconnu qu’à une personne que l’on connaît. C’est presque instinctif. Au Maroc, la solidarité repose souvent sur un lien : la famille, l’ami d’un ami, le voisin, quelqu’un dont on connaît le parcours.
Mais que se passe-t-il lorsque le projet mérite notre attention, alors que son porteur nous est totalement inconnu ?
La réponse tient peut-être dans une évolution simple : la confiance n’a plus nécessairement besoin d’être personnelle pour exister.
Elle peut aussi reposer sur un cadre, des informations et des règles communes. Au Maroc, c’est dans ce cadre que la loi 15-18 a posé les bases du financement collaboratif.
C’est là que le financement collaboratif change la nature de la confiance. On ne connaît pas forcément la personne derrière une collecte, mais on peut connaître son projet. Qui le porte ? Pour quel besoin ? Quel montant est recherché ? À quoi servira-t-il ? Pendant combien de temps ? Que se passe-t-il après la collecte ?
Le projet devient alors le véritable point de rencontre entre deux personnes qui ne se connaissent pas.
La plateforme joue dans cette relation un rôle essentiel : rendre cette rencontre possible dans un environnement structuré, en mettant à disposition les informations nécessaires à la compréhension de la collecte et en appliquant le cadre qui régit son activité.
Cette distinction est importante. Le crowdfunding ne consiste pas à remplacer la confiance que l’on accorde à quelqu’un que l’on connaît. Il permet de l’étendre au-delà de son cercle habituel.
On peut alors soutenir un projet porté par une personne que l’on n’a jamais rencontrée, non pas parce que l’on partage avec elle un lien personnel, mais parce que son projet nous parle, que ses objectifs sont clairs et que la collecte s’inscrit dans un cadre défini.
C’est probablement l’un des changements les plus intéressants apportés par le digital à la solidarité : élargir le cercle de confiance sans avoir besoin d’élargir son cercle de connaissances.
Au fond, la vraie question n’est donc peut-être pas : « Est-ce que je connais cette personne ? », mais plutôt : « Est-ce que son projet me donne envie de participer ? »
Le crowdfunding commence là où s’arrête le carnet d’adresses : lorsqu’une personne accepte de soutenir une autre sans la connaître, parce qu’un projet peut créer un lien là où il n’en existait pas auparavant.
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